Une crique change trois fois de visage entre juin et septembre

Avatar de Orsola Peretti-Balesi

·

4 min de lecture

Une crique du sud de la Corse ne se ressemble jamais deux mois de suite. À Palombaggia, à Santa Giulia ou à Rondinara, le sable est le même, la lumière aussi, mais le nombre de pas qui le foulent chaque jour change tout : l’heure d’arrivée qui suffisait en juin ne suffit plus en plein été, et l’aire de stationnement qui débordait à quinze heures en juillet redevient un terrain vague en septembre. Ce ne sont pas trois plages différentes, mais une seule qui traverse trois régimes de fréquentation en l’espace de quatre mois.

Comprendre ce cycle évite bien des déconvenues : arriver un mardi de juin avec les réflexes d’un samedi d’août, ou l’inverse, arriver un dimanche de juillet en pensant profiter du calme d’un jour de semaine de printemps. La différence ne se joue pas seulement sur le calendrier, elle se joue à l’heure près, et sur le sens du vent qui souffle ce jour-là.

En juin, une crique presque pour soi

Début juin, l’eau est déjà tiède mais les familles ne sont pas encore arrivées : les vacances scolaires du continent commencent plus tard, et une bonne partie des visiteurs de printemps sont des marcheurs venus pour le sentier du littoral plutôt que pour la plage. On peut alors se garer en bord de route à dix heures du matin sans faire de détour, et la crique garde, jusqu’en fin de matinée, l’allure d’un lieu que personne ne s’est encore approprié.

Cette tranquillité tient aussi à la végétation : les pins parasols qui bordent le sable n’ont pas encore reçu leur lot de piétinements d’été, et les sentiers d’accès sont encore nets. C’est la période où la crique ressemble le plus à ce que racontent les cartes postales anciennes, avant que la même carte postale n’attire, un mois plus tard, bien plus de monde qu’elle ne peut en accueillir sans changer de nature.

En plein été, la même crique sous pression

À partir de la mi-juillet, tout se resserre : les parkings se remplissent avant neuf heures, les sentiers d’accès deviennent des files plutôt que des chemins, et la bande de sable ombragée sous les pins se négocie dès l’arrivée. Le libeccio, ce vent de sud-ouest qui peut se lever en tout début d’après-midi, ajoute une variable que les visiteurs pressés ignorent souvent : une crique bien orientée face à lui devient inconfortable en une heure, tandis qu’une autre, protégée par un promontoire, garde son eau plate toute la journée.

La chaleur, elle, ne se contente pas de rendre la plage plus dense : elle en modifie l’usage. On y reste moins longtemps par tranche, on multiplie les allers-retours vers l’ombre, et l’indice UV publié chaque jour par Météo-France atteint fréquemment son maximum entre midi et seize heures sur cette partie de la côte, ce qui redessine, de fait, les horaires de fréquentation bien plus que les horaires d’ouverture d’un quelconque commerce.

Au sol, la pression se lit aussi dans les banquettes de posidonie laissées ou retirées selon les communes : là où elles restent, le sable résiste mieux au piétinement de masse ; là où elles ont été nettoyées pour l’esthétique, l’érosion se voit dès la mi-saison, à l’endroit même où la foule est la plus dense.

En septembre, le retour du calme et de la lumière basse

Dès la première quinzaine de septembre, la pression retombe presque aussi vite qu’elle est montée en juillet. L’eau reste chaude, souvent plus chaude qu’en juin, mais les familles sont reparties et les groupes de marcheurs reprennent le dessus. La lumière change aussi : plus basse dans l’après-midi, elle allonge les ombres des pins et rend la baignade de fin de journée plus agréable qu’en plein été, où le soleil au zénith laissait peu de zones abritées.

C’est la saison où l’on retrouve la possibilité de choisir sa place plutôt que de la disputer, où le sable garde encore la chaleur du jour bien après le coucher du soleil, et où la même crique, visitée en juin, en août puis en septembre, donne l’impression d’avoir changé trois fois de propriétaire sans jamais changer de nom.


Avatar de Orsola Peretti-Balesi

À lire aussi